LE RITUEL 

Qu’est-ce qu’un rituel ?Et a quoi peut-il servir ?

 Le rituel est un acte de création, un acte symbolique qui donne à vivre du sens.

« Le rite instaure une relation implicite et puissante à une autre dimension, à une autre temporalité. Il met de la transcendance, de la mémoire et de l’histoire sur des choses qui sans lui seraient strictement factuelles. N’oublions pas la définition canonique de Mauss : « le rite administre le rapport des hommes au sacré ». (Pascale Lardellier 2018)

Toute notre vie, de façon plus ou moins consciente, nous sommes traversés par de grandes questions existentielles : qui suis-je ? Ou suis-je ? D’où je viens ? Où vais-je ? Qu’est-ce que je suis venu faire ici ? Le rituel est un outil puissant qui permet d’adresser ces grandes questions inhérentes à la nature humaine tout en redonnant du sens aux nombreux passages qui traversent nos existences.

Pourquoi est-ce important de ritualiser ? Quel est l’impact du manque de rituel dans notre culture ?

Somé (1999) explique que le rituel facilite non seulement la guérison, mais permet aussi de recouvrer la mémoire profonde et de réaffirmer le but de notre vie.Ilexplique que pour Les Dagaras – ethnie du Burkina Faso – chacun nait avec un but bien précis dans la vie qu’il est nécessaire de connaître pour s’assurer de mener une existence harmonieusement intégrée : « Les gens qui ne savent rien du motif pour lequel ils se trouvent sur cette terre sont comme des navires à la dérive sur une mer hostile. Le rituel permet de prendre contact avec notre vocation et de rétablir la connexion entre ses profondeurs et tous les êtres vivants, permettant ainsi de redécouvrir sa place dans le monde naturel qui est la véritable demeure de tous les êtres qui vivent sur terre. »

Pascale Lardelier (2018) abonde dans le même sens : « le rite instaure un rapport vertical, appelle à la transcendance ; il est ce sens résistance à l’aplatissement marchand du monde, tout en produisant de la mémoire longue, contre l’amnésie du flot quotidien. Notre époque, parfois oublieuse de cette dimension, feint de négliger le rite, mais revient à lui souvent, comme la vague revient à la plage, quand l’appétence symbolique resurgit. » 

Le mythologue américain Joseph Campbell (1949) explique que les sociétés contemporaines sont terribles, car elles ont tendance à évincertoutesformesde rites de passage, et donc à éradiquer les espaces que l’être humain avait de ponctuellement mourir pour renaître.

Mais l’être humain est appelé à naître et renaître, à revenir au monde dans des conditions sans cesse renouvelées de son existence, dans« l’actualisation de ce désir dont Spinoza disait aussi qu’il est « l’essence de l’être ». ( Martine Roberge 2018)

L’ethnologue Van Gennep (1909) adresse ce même axe avec justesse : « Pour les groupes comme pour les individus, vivre, c’est sans cesse se désagréger et se reconstituer, changer d’état et de forme, mourir et renaître. C’est agir puis s’arrêter, attendre et se reposer pour recommencer ensuite à agir, mais autrement. Et toujours, ce sont de nouveaux seuils à franchir : seuil de la saison ou de l’année, seuil de la naissance, de l’adolescence ou de l’âge mûr, de la vieillesse, de la mort. Chacun d’entre nous, au cours de son existence, doit assumer une multitude de transformations plus ou moins bouleversantes. De la naissance à la mort, nous transitons d’un passage à un autre. 

Martine Roberge ( 2018) ajoute que « Les ritualités servent à configurer et à célébrer les parcours de la vie. Elles contribuent en cela à la fabrication de l’humain, « pour qu’il ressemble à l’humain » (Legendre, 1998). Leur enjeu est de configurer des lieux où on peut vivre « en harmonie », faire communitas, comme dit Victor Turner (1969)face à une societas essentiellement dysharmonique »

Terminons avec les mots inspirants deJean-Claude Ravet (2018

« Nous sommes des êtres à la fois rationnels et profondément sensibles, imaginatifs, symboliques, spirituel- en quête de sens à travers les sens, contrairement a ce dont voudrait nous convaincre le rationalisme étroit et l’économisme ambiants, faisant étrangement de l’ombre à la réalité rituelle, pourtant fondamentale. L’air du temps valorise plutôt à outrance les comportements comptables, l’utilité, l’efficacité, la technique. Il jette inévitablement le discrédit sur une manière d’être enracinée dans le symbolique, l’imaginaire, le sensible. Comme si la raison et l’émotion étaient des sœurs ennemies. Ce faisant nous en venons a méconnaitre notre appétence rituelle, notre besoin du beau comme du pain,du sens comme de l’air – l’espace commun du mystère. »

 

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